Au long des pièces de MUTATIS MUTANDIS et de ses diverses apparitions, le personnage de Margot Brise-Carcasse a une nette tendance à user et abuser d’expressions hautes en couleurs. Si certaines fleurent bon l’époque d’antan où l’on entendait sa grand-mère pratiquer ces locutions à tous moments de la vie quotidienne, d’autres peuvent, aujourd’hui, apparaître un tantinet obscures.
Nous avons donc compilé ces formules en les explicitant, afin de jeter un éclairage plus net sur leur sens pour celles et ceux qui en éprouveraient le besoin.

ACTE II
Avoir l’air triste comme un brochet dans le tiroir d’une commode : on imaginera sans peine à quel point la vie d’un poisson fait pour nager dans les grands lacs et rivières doit être misérable, abandonné tout seul au fond d’un meuble.
Jouer avec les vis de son cercueil : avoir un comportement, une manière de vivre, qui fait prendre de très gros risques, qui met en danger, et qui de ce fait a de bonnes chances d’écourter drastiquement la vie.
Ramasser le crottin des chevaux de bois : les chevaux en bois ne produisant, bien sûr, aucune forme de déjections, cette expression sert donc à évoquer le fait de ne rien faire ; ou au contraire, en utilisant une tournure négative, d’abattre une grosse quantité de travail.
Péter dans la soie : être suffisamment riche pour se permettre de laisser aller ses vents dans une étoffe des plus onéreuses.
Mettre du beurre dans les épinards : bénéficier d’une rentrée d’argent à même d’alléger un tant soit peu un rude et impécunieux quotidien.
Être un pisse-trois-gouttes (dans-quatre-pots-de-chambre) : ne vraiment pas se fouler à la tâche.
Surveiller (quelqu’un ou quelque chose) comme le lait sur le feu : qui a déjà fait laissé une casserole de lait sur le feu avant de s’en désintéresser ne fait en général pas l’erreur deux fois, car le lait se met à bouillir d’un seul coup, se déversant de la casserole comme un volcan en éruption. Dans ce cas, il s’agit de surveiller quelqu’un que l’on soupçonne d’être capable d’agir brusquement sans crier gare.
ACTE IV
Avoir le nerf flapi : on dit de quelqu’un qu’il a le nerf flapi lorsqu’il montre les signes d’une grande fatigue, d’exténuation, d’être au bout du rouleau, peinant ainsi à exécuter les tâches les plus simples.
Faire une chaleur à tondre les poules : l’image parle d’elle-même, évoquant une chaleur si grande que l’on viendrait à prendre des mesures radicales pour que mêmes des animaux telles que les poules n’en viennent pas à mourir de chaud.
Ne pas être le couteau le plus affûté du tiroir : n’avoir pas l’esprit très vif, ne pas briller par son intelligence ni sa rapidité de déduction.
Mettre le petit Jésus dans la crèche : version religieuse de tremper son biscuit, figure l’acte sexuel de la pénétration.
Faire des boniments à la graisse d’oie : la graisse d’oie ayant été par le passé considéré comme un produit de piètre qualité en cuisine, on en déduira ainsi qu’il s’agit là de produire un discours aux arguments sans valeur, voire carrément des mensonges pour parvenir à ses fins.
Ne pas avoir gardé les cochons ensemble : marqueur net d’une différence de statut, cette expression sera utilisée par celui ou celle qui entend non seulement reprocher à son interlocuteur de s’adresser à lui ou elle de manière outrageusement familière, voire vulgaire – le métier de porcher étant bien entendu vu comme l’apanage de personnes communes et grossières –, mais également mettre en évidence sa supériorité en matière d’échelon social. Ici c’est Margot elle-même – la « fautive » – qui l’emploie à son propre encontre.