Ces chansons d’autrefois, qui fleurent bon la poussière des jours d’antan et les us et coutumes du passé, la plupart d’entre nous les connaît certainement déjà, qu’elles nous aient été apprises dans l’enfance ou parce que, tout comme les contes, elles ont pour habitat naturel la vastitude de la mémoire collective. Oui, tous ceux qui assistent et assisteront aux représentations des différentes pièces de MUTATIS MUTANDIS reconnaîtront probablement leurs airs, à peine sont-ils entonnés sur scène par les acteurs. Leurs paroles, en revanche, en laisseront plus d’un pantois : car si une même chanson a parfois connu plusieurs transformations, plusieurs variations au cours du temps, celles qui étaient populaires à travers le Ponant durant le règne du Voile d’Aphrodite ont été, pour la plupart, oubliées.

Déterrées des strates de l’Histoire par Gianni di Lorena, elles reprennent vie aujourd’hui sur les planches, et nous vous proposons dans cette section d’en retrouver les paroles, accolées à celles des versions les plus connues de nos jours en matière de comparaison.

Ribaud-le-Bel (Cadet Rousselle)

Pavane des Fées Sans-gêne : l’Envers du Décor, Acte I

Ribaud-le-Bel a des gitons,

Qui sont bien faits et polissons.

Il n’aime pas des demoiselles,

Ni les froufrous, ni les dentelles.

Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment !

Ribaud-le-Bel est exigeant !

Ribaud-le-Bel a d’un taureau,

Le vit qui est trois fois plus gros.

Si les belles en ont une peur bleue,

Il rend les hommes bien heureux.

Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment !

Ribaud-le-Bel est imposant !

Ribaud-le-Bel prise la vertu

De toutes les nouvelles recrues ;

D’un seul regard d’concupiscence

Il brise le sceau de l’innocence.

Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment !

Ribaud-le-Bel est impatient !

Ribaud-le-Bel aime abreuver

Ses frères d’armes de sa rosée :

Quand d’sa pine il a bien foutu,

C’est pis qu’un fleuve qui entre en crue.

Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment !

Ribaud-le-Bel est abondant !

Ribaud-le-Bel est homme pieu

Qui fait dévotion de son mieux :

Parfois même à plusieurs fidèles,

Ils prient au fond d’une même chapelle.

Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment !

Ribaud-le-Bel voit tout en grand !

Ribaud-le-Bel est incessant

Bien plus capable que tant de gens :

Des jours entiers durent ses culbutes,

Artiste il est pour la turlutte.

Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment !

Ribaud-le-Bel est bon amant !

Ribaud-le-Bel a un outil

Fait de beau bois et tout verni,

Destiné à la bagatelle ;

C’est lui qu’on a pris pour modèle.

Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment !

Ribaud-le-Bel est surprenant !

D’Ribaud-le-Bel après trépas

De l’instrument, on s’souviendra.

Figure de proue ou bien statue,

Son héritage s’ra reconnu.

Ah ! Ah ! Ah ! Oui, vraiment !

Ribaud-le-Bel marque son temps !

Cadet Rousselle a trois maisons

Qui n’ont ni poutres, ni chevrons.

C’est pour loger les hirondelles ;

Que direz-vous d’Cadet Rousselle ?

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle a trois habits :

Deux jaunes, l’autre en papier gris.

Il met celui-là quand il gèle,

Ou quand il pleut et quand il grêle !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle a trois chapeaux,

Les deux ronds ne sont pas très beaux,

Et le troisième est à deux cornes :

De sa tête il a pris la forme !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle a trois beaux yeux :

L’un r’garde à Caen, l’autre à Bayeux.

Comme il n’a pas la vue bien nette,

La troisième, c’est sa lorgnette !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle a une épée,

Très longue mais toute rouillée ;

On dit qu’elle ne cherche querelle

Qu’aux moineaux et aux hirondelles !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle a trois souliers :

Il en met deux dans ses deux pieds,

Le troisième n’a pas de semelle,

Il s’en sert pour chausser sa belle !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle a trois garçons :

L’un est voleur, l’autre est fripon,

Le troisième est un peu ficelle,

Il ressemble à Cadet Rousselle !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle a trois gros chiens,

L’un court au lièvre, l’autre au lapin,

L’troisième s’enfuit quand on l’appelle,

Comme le chien de Jean de Nivelle !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle a trois beaux chats,

Qui n’attrapent jamais les rats ;

Le troisième n’a pas de prunelle,

Il monte au grenier sans chandelle !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle a marié

Ses trois filles dans trois quartiers ;

Les deux premières ne sont pas belles,

La troisième n’a pas de cervelle !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle a trois deniers :

C’est pour payer ses créanciers.

Quand il a montré ses ressources,

Il les resserre dans sa bourse !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle s’est fait acteur,

Comme Chénier s’est fait auteur ;

Au café quand il joue son rôle,

Les aveugles le trouvent drôle !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Cadet Rousselle ne mourra pas,

Car avant de sauter le pas,

On dit qu’il apprend l’orthographe

Pour faire lui-même son épitaphe !

Ah ! Ah ! Ah ! mais vraiment !

Cadet Rousselle est bon enfant !

Compère Guilleri

Pavane des Fées Sans-gêne, Acte II

Il était un p’tit homme

Qui s’app’lait Guilleri, carabi.

Jour et nuit à la chasse,

La chasse à belle amie, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Qui donc vas-tu, qui donc vas-tu ravi ?

Les aima par centaines,

Péchant par galant’rie, carabi :

Ne resta plus une femme

À qui n’se fut donni, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Qui donc vas-tu, qui donc vas-tu ravi ?

Pour calmer son ennui,

Guill’ri au loin parti, carabi,

Mais fille ne trouva guère

Dont il n’se fut épris, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Qui donc vas-tu, qui donc vas-tu ravi ?

Il se jeta d’un arbre

Pour son malheur fini, carabi ;

Il se cassa la jambe

Et le bras se démit, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Te lairas-tu, te lairas-tu mouri ?

D’un couvent tout’ les nonnes

Ont rappliqué au bruit, carabi.

On lui banda la jambe,

Et le bras lui remit, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

N’se laira point, n’se laira point mouri !

Pour remercier ces dames,

Guill’ri les embrassi, carabi,

Et d’manda à la ronde :

« Qui m’aim’ra aujourd’hui ? », carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Se lairait bien, se lairait bien ravi !

Les vierges pour tout’ réponse

Lui offrir’ un souri, carabi :

Au signal de la chasse,

Se dressa son fusil, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Se laira bien, se laira bien ravi !

Pour chacune des belles

Il sonna l’hallali, carabi,

Prouvant que par les femmes

L’homme est toujours guéri, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

N’se laira plus, n’se laira plus mouri !

Il était un p’tit homme

Qui s’appelait Guilleri, carabi.

Il s’en fut à la chasse,

À la chasse aux perdrix, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Te lairas-tu, te lairas-tu mouri ?

Il monta sur un arbre

Pour voir ses chiens couri, carabi ;

La branche vint à rompre

Et Guilleri tombi, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Te lairas-tu, te lairas-tu mouri ?

La branche vint à rompre,

Et Guilleri tombi, carabi :

Il se cassa la jambe

Et le bras se démit, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Te lairas-tu, te lairas-tu mouri ?

Il se cassa la jambe

Et le bras se démit, carabi ;

Les dames de l’hôpital

Sont arrivées au bruit, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Te lairas-tu, te lairas-tu mouri ?

Les dames de l’hôpital

Sont arrivées au bruit, carabi ;

L’une apporte un emplâtre,

L’autre de la charpie, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Te lairas-tu, te lairas-tu mouri ?

L’une apporte un emplâtre,

L’autre de la charpie, carabi.

On lui banda la jambe

Et le bras lui remit, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Te lairas-tu, te lairas-tu mouri ?

On lui banda la jambe

Et le bras lui remit, carabi.

Pour remercier ces dames,

Guilleri les embrassi, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Te lairas-tu, te lairas-tu mouri ?

Pour remercier ces dames,

Guilleri les embrassi, carabi,

Prouvant que par les femmes

L’homme est toujours guéri, carabi,

Titi, carabi, toto, carabo,

Compère Guilleri,

Te lairas-tu, te lairas-tu mouri ?

Le chat de la mère Michel

Pavane des Fées Sans-gêne, Acte III

C’est la mère Michel qui veut donner son chat

Et crie par la fenêtre à qui le lui prendra ;

C’est le Père, l’eusses-tu cru ?

Qui lui a répondu :

— Moi, la mère Michel, je préfère votre cul !

Sur l’air du tra la la la,

Sur l’air du tra la la la,

Sur l’air du « m’enculera pas ! », et tra la la !

C’est la mère Michel qui lui a répliqué :

— Prenez plutôt mon chat, vous en serez comblé !

Mais le Père, l’eusses-tu cru ?

Sitôt a répondu :

— Ce que j’m’en vais combler, ce sera votre cul !

Sur l’air du tra la la la,

Sur l’air du tra la la la,

Sur l’air du « m’enculera pas ! », et tra la la !

Lors la mère Michel lui dit : — C’est décidé,

Je vous donn’rai mon cul si mon chat vous gâtez !

Et le Père, l’eusses-tu cru ?

Le marché a conclu :

— Donnez, la mère Michel, votr’ chat et votre cul !

Sur l’air du tra la la la,

Sur l’air du tra la la la,

Sur l’air du « m’enculera çà ! », et tra la la !

C’est la mère Michel qui a perdu son chat,

Et crie par la fenêtre à qui le lui rendra.

C’est le père Lustucru

Qui lui a répondu :

— Allez, la mère Michel, vot’ chat n’est pas perdu !

Sur l’air du tra la la la,

Sur l’air du tra la la la,

Sur l’air du tra déridéra et tra la la !

C’est la mère Michel qui lui a demandé :

— Mon chat n’est pas perdu, vous l’avez donc trouvé ?

C’est le père Lustrucru

Qui lui a répondu :

Donnez une récompense, il vous sera rendu !

Sur l’air du tra la la la,

Sur l’air du tra la la la,

Sur l’air du tra déridéra et tra la la !

Et la mère Michel lui dit : — C’est décidé,

Si vous m’rendez mon chat, vous aurez un baiser !

Et le père Lustucru,

Qui n’en a pas voulu,

Dit à la mère Michel : — Vot’ chat, il est vendu !

En passant par la varenne (En passant par la Lorraine)

Pavane des Fées Sans-gêne, Acte IV

En passant par la varenne

Avec mes sabots,

Rencontrai trois capitaines

Avec mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Avec mes sabots !

Ils couraient la prétentaine

Dans d’jolis sabots,

Mais m’ont appelée vilaine,

Riant d’mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Riant d’mes sabots !

J’ôtai ma pauvre futaine,

Et puis mes sabots,

Et ma vilaine peau de laine,

Et puis mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Et puis mes sabots !

Alors ils m’ont app’lée reine,

Droit dans leurs sabots,

À la peau de porcelaine,

Droit dans leurs sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Droits dans leurs sabots !

M’ont chanté la turlutaine,

Quittant leurs sabots,

M’engagèrent à la fredaine,

Quittant leurs sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Quittant leurs sabots !

Chacun sillonna la plaine,

Sans ses deux sabots,

Et y planta son dolmen,

Sans ses deux sabots, dondaine,

Oh, oh, oh,

Sans ses deux sabots !

Bientôt passèr’ par centaines,

Mais plus de sabots !

Je devins demi-mondaine,

Non ! plus de sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Non ! plus de sabots !

« Tu brûl’ras dans la Géhenne,

Avec tes sabots ! »,

M’dit une vieille diocésaine,

Claquant d’ses sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Claquant d’ses sabots !

Je me fiche d’être païenne

Car j’n’ai plus d’sabots,

Et que le fils du roi m’aime,

Car j’n’ai plus d’sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Car j’n’ai plus d’sabots !

Il m’a glissé son étrenne

Et n’a pas d’sabots,

Et fait sien mon p’tit domaine,

Et n’a pas d’sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Et n’a pas d’sabots !

En récompense de ma peine,

Adieu mes sabots !

Je n’porte plus que poulaines,

Adieu mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Adieu mes sabots !

En passant par la Lorraine,

Avec mes sabots,

Rencontrai trois capitaines

Avec mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Avec mes sabots !

Rencontrai trois capitaines

Avec mes sabots ;

Ils m’ont appelée vilaine,

Avec mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Avec mes sabots !

Ils m’ont appelée vilaine,

Avec mes sabots ;

Je ne suis pas si vilaine

Avec mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Avec mes sabots !

Je ne suis pas si vilaine

Avec mes sabots,

Puisque le fils du roi m’aime

Avec mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Avec mes sabots !

Puisque le fils du roi m’aime

Avec mes sabots,

Il m’a donné pour étrenne,

Avec mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Avec mes sabots !

Il m’a donné pour étrenne,

Avec mes sabots,

Un bouquet de marjolaine

Avec mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Avec mes sabots !

Un bouquet de marjolaine,

Avec mes sabots,

Je l’ai planté sur la plaine,

Avec mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Avec mes sabots !

Je l’ai planté sur la plaine,

Avec mes sabots,

S’il fleurit, je serai reine,

Avec mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Avec mes sabots !

S’il fleurit, je serai reine

Avec mes sabots ;

S’il y meurt, je perds ma peine,

Avec mes sabots, dondaine,

Oh, oh, oh !

Avec mes sabots !